Al-Khāliq - Le Créateur

Al-Bāriʾ - Le Producteur

Al-Muṣawwir - Le Façonneur

On pourrait croire que ces Noms divins sont synonymes, qu’ils ne font que répéter le même acte de création, qui est de créer à partir du néant. Mais il n’en est rien. En réalité, toute existence qui émerge du néant suit un processus en trois étapes : d’abord la conception d’un dessein, ensuite le passage du néant à l’existence selon ce dessein, enfin l’octroi de sa forme définitive.
Dieu est le Créateur (al-Khâliq) lorsqu’Il conçoit et ordonne le plan de toute chose. Il est le Producteur (al-Bâriʾ ) lorsqu’Il fait surgir ces réalités dans l’existence. Et il est le Façonneur (al-Muṣawwir) lorsqu’Il leur confère la forme la plus harmonieuse, la plus parfaitement adaptée.

Le Nom, al-Muṣawwir, exprime une qualité active que seul celui capable de contempler la structure de l’univers peut entrevoir : le monde fonctionne tel un corps humain, où chaque membre, distinct mais coordonné, accomplit sa fonction en parfaite harmonie. Toute perturbation de cet ordre engendre déséquilibre et chaos.

Quant aux Noms al-Khâliq et al-Bâriʾ, l’intellect humain ne peut en saisir la réalité qu’à travers métaphores et analogies lointaines. Car la création repose sur un pouvoir fondé sur la connaissance, et Dieu a doté l’homme de savoir et de faculté, lui permettant de produire selon ses plans et sa science. Ainsi, tout ce qui existe se divise en ce qui échappe à l’homme – cieux, étoiles, règnes animal et végétal – et ce qui relève de son pouvoir : inventions, arts, institutions, pratiques spirituelles, et autres activités.

Lorsque l’homme parvient à se maîtriser, à se diriger lui-même et à guider autrui, il découvre ce que nul avant lui n’avait percu. Il devient alors unique, capable d’inspirer les autres et de susciter en eux le désir de ce qu’il a créé. On peut dès lors dire de lui qu’il est créateur. Ainsi, l’inventeur du jeu d’échecs mérite ce titre : il a fait surgir ce qui n’existait pas auparavant, bien que l’invention d’une chose sans valeur intrinsèque ne puisse être tenue pour louable.

De même, les actes religieux, les disciplines spirituelles, les formes de gouvernance ou d’éducation, ainsi que les métiers, lorsqu’ils apportent bénédiction, trouvent leur origine en un concepteur premier qui peut, par analogie, recevoir le nom de créateur, mais toujours, bien entendu, au sens figuré.