Symbole de vérité pour l'humanité

Le cube

C’était en effet la volonté de Celui qui « possède l’attribut suprême » que le contenu du Coran soit en harmonie avec la nature profonde du Messager, qui devint ainsi l’incarnation vivante de ses enseignements et de ses lois. Il a voyagé parmi les hommes sur terre comme un livre vivant et révélé, recueil de leçons morales, de paroles et d’actes dont même les illettrés et ceux qui ne parlaient pas sa langue pouvaient tirer profit, car « le Messager de Dieu (SWT) est un modèle pour quiconque espère en Dieu (SWT) et au Jour dernier, et qui invoque souvent Dieu (SWT) ».

Dieu (SWT) – exalté soit-Il – a offert à l’humanité « de multiples facettes à chaque type d’enseignement » concernant la nature profonde du Prophète (PSL), et celles-ci correspondent pleinement aux enseignements multiformes énoncés dans Sa divine Révélation dans son ensemble. Comme Il le dit : « Nous avons certes donné dans ce Coran de multiples facettes à chaque leçon destinée au bien de l’humanité. Or, l’homme est, par-dessus tout, enclin à la querelle. » Il a agi ainsi afin que la forme et le fond, le mot et le sens, coïncident parfaitement. Le Prophète (que la paix et les bénédictions soient sur lui) devient ainsi un miroir vivant reflétant l’essence de la miséricorde divine, qui est aussi le but ultime du message révélé dans le Coran : « Et ainsi, ô Prophète, Nous t’avons envoyé comme une miséricorde pour tous les mondes. »

Ainsi, le Coran, Parole de Dieu (Exalté soit-Il), et Muhammad, Messager de Dieu (Exalté soit-Il) à l’humanité, existent en parallèle avec une autre dualité : l’ordre qui règne dans le cosmos et la capacité de perception et de création de l’ordre propre à l’intellect humain collectif. Il s’agit d’un phénomène d’une importance capitale, surtout si l’on considère la concordance entre ces deux types d’ordre – cosmique et intellectuel – qui représente l’essence de la connaissance dans son sens objectif. En effet, sans cette compatibilité, aucune connaissance objective, quelle qu’elle soit, ne serait accessible à l’homme. Malgré l’évolution de nos connaissances, de nos modes de pensée et de notre compréhension de l’univers, cette congruence essentielle entre l’ordre du cosmos et l’ordre de l’intellect demeure un fait immuable. Si la connaissance objective de la réalité physique découle de cette congruence, la connaissance de l’absolu et du certain émane d’une autre congruence avérée : celle entre le Coran et Muhammad (que la paix et les bénédictions soient sur lui). Ces deux types de connaissance, objective et absolue, ne sont que deux aspects d’une seule et même connaissance, dont la source est le Créateur omniscient, à l’origine de l’univers et de l’intellect, qui a révélé le Coran et envoyé Son messager.

Un hadith prophétique d’une importance capitale en Islam concerne les Noms divins (Attributs) : « Dieu (Exalté soit-Il) possède quatre-vingt-dix-neuf noms, cent moins un, car Il est unique et aime l’unicité ; quiconque les énumère entrera au Paradis. »

The cube

L’analyse de ce hadith dans son contexte soulève plusieurs questions cruciales qui exigent une réponse, surtout si l’on admet que le Prophète (que la paix et les bénédictions soient sur lui) n’a jamais parlé au hasard, pas même un mot ou une lettre. Faute de place, nous nous limiterons aux points suivants :

  1. Pourquoi mentionner quatre-vingt-dix-neuf ?
  2. Que signifie l’expression « cent moins un » ?
  3. La réalité de quatre-vingt-dix-neuf diffère-t-elle de celle de cent moins un ?
  4. Que signifie « Dieu (Exalté soit-Il) est unique et aime l’unicité » dans ce contexte ?
  5. Que signifie le terme « énumération » ici et pourquoi le hadith associe-t-il l’énumération à l’entrée au Paradis ?

Cent moins un dans le Coran

Avant de tenter de répondre à cette question, il convient de se référer au Coran et d’examiner les versets 21 à 25 de la sourate Al-Sad (38). Ce passage coranique est le seul à relater un événement relatif à la relation entre 99 et 1, éclairant ainsi le lien entre ces nombres et le concept de justice cosmique. Voici le texte :

(21) As-tu entendu parler de l’histoire des deux hommes qui escaladèrent le mur du sanctuaire où David priait ?

(22) Lorsqu’ils arrivèrent auprès de David, qui recula, ils dirent : « N’aie crainte ! Nous ne sommes que deux parties en conflit. L’une de nous a lésée. Juge donc entre nous avec justice, ne t’écarte pas du droit et guide-nous tous deux vers la droiture. »

(23) « Voici mon frère : il possède quatre-vingt-dix-neuf brebis, tandis que je n’en ai qu’une. Pourtant, il a dit : “Cède-la-moi”, et a insisté pour m’imposer dans notre différend. »

(24) [David] dit : « Il t’a certainement fait du tort en exigeant que ta brebis soit ajoutée à son troupeau. » Ainsi se font souvent du tort entre frères et sœurs, sauf ceux qui croient en Dieu (Exalté soit-Il) et accomplissent de bonnes œuvres ; mais combien peu nombreux sont-ils !

(25) Soudain, David comprit que Nous l’avions mis à l’épreuve. Il implora alors Son Seigneur de lui pardonner son péché, se prosterna et se repentit.

Bien que ce récit coranique sur la relation entre les quatre-vingt-dix-neuf et la brebis unique apparaisse dans un contexte moins abstrait que celui du hadith du Prophète (que la paix et les bénédictions soient sur lui) mentionné précédemment, sa véritable signification demeure mystérieuse. David affirme clairement qu’il est injuste de demander qu’on ajoute une personne aux quatre-vingt-dix-neuf pour atteindre le nombre de cent.

Mais sur quoi se fonde le jugement de David pour régler le différend entre les deux parties ? Si le texte ne nous éclaire pas sur son raisonnement, nous ne pouvons ignorer son importance capitale, surtout si l’on considère le verset coranique qui suit immédiatement ce récit : « Ô David ! Nous t’avons établi vicaire (khalifa) sur terre ; juge donc entre les hommes et ne suis pas tes passions vaines, de peur qu’elles ne t’égarent loin du chemin de Dieu (Exalté soit-Il).»

Dans son ensemble, ce récit nous explique la véritable signification du fait que Dieu (Exalté soit-Il) désigne un homme comme Son vicaire sur terre. Cela démontre le lien indissoluble entre, d’une part, la réalisation de cette régence et, d’autre part, un règne juste parmi les hommes, conforme à la Vérité et aux préceptes de la justice cosmique. Ces derniers se manifestent toutefois dans les lois et significations immuables, d’origine divine, contenues dans le cube, c’est-à-dire la Kaaba, à laquelle le récit fait allusion de manière voilée, comme nous l’expliquerons plus loin.

Si l’on examine, dans un premier temps, les propriétés du carré en tant que figure géométrique, on constate qu’il représente l’égalité en deux dimensions, la longueur et la largeur, puisque ses quatre côtés et ses quatre angles sont tous parfaitement égaux (voir fig. 1). Cette égalité demeure absolue et immuable, quelle que soit la surface du carré. Le cube, quant à lui, peut être considéré comme une manifestation en trois dimensions de toutes les propriétés du carré ; il présente donc le même type d’égalité, mais en trois dimensions au lieu de deux, et ce, quelle que soit sa taille réelle (voir fig. 2). Les lois qui le régissent sont intrinsèquement stables, qu’il soit grand ou petit.

The cube

Cette stabilité immuable est une caractéristique qui distingue le cube de tous les autres solides réguliers. De plus, ses six faces correspondent aux six points cardinaux : avant, arrière, gauche, droite, haut et bas. C’est en raison de ces caractéristiques singulières qu’Aristote considérait le cube comme représentatif de l’Homme idéal ou parfait (al-insān al-kāmil). Comme il l’affirme dans son discours sur le bonheur : « L’homme est en réalité bon et un cube parfait. » Ces mots témoignent de la solidité inébranlable et omniprésente de cette structure, qui ne présente aucune irrégularité ni altération, quel que soit l’angle d’observation. Ainsi, le cube lui-même est un signe de la solidité de l’Homme parfait, qui demeure inchangé en toutes circonstances, car son être est une affirmation constante des noms et attributs de Dieu (SWT).

Devant Lui, toutes les conditions, tous les contraires et toutes les paires ne font plus qu’un, car l’Extérieur et l’Intérieur, le Manifeste et le Caché, ne sont que les deux faces d’une même réalité. Ses noms témoignent de ce fait, car Il est — exalté soit-Il — à la fois Celui qui accorde la vie (al-Muḥyī) et Celui qui donne la mort (al-Mumīt), Celui qui reprend (al-Qābiḍ) et Celui qui donne abondamment (al-Bāsiṭ), Celui qui élève à l’honneur (al-Muʿizz) et Celui qui humilie (al-Mudḥill), le Premier devant qui il n’y a rien (al-Awwal) et le Dernier après qui il n’y a rien (al-Ākhir), et ainsi de suite.