Al-Ḥakam - Le Juge, l’Arbitre

Al-Ḥakam est Celui qui rend les jugements, l’Arbitre, le Juge dont le verdict est irrévocable et ne peut être rejeté, et dont le décret ne peut être révisé. L’un de ses jugements concernant l’homme est que : « L’homme n’obtient que ce pour quoi il s’efforce, et son effort sera vu »58; et que : « en vérité, les vertureux seront dans le bonheur, et les pervers seront en enfer »59.
Le bonheur et le malheur sont liés aux causes que Dieu a établies : le bien mène au bonheur, le mal à la souffrance, tout comme les médicaments mènent à la guérison

et les poisons à la mort. Si la sagesse suppose la préparation et l’orientation des causes vers leurs effets, alors Il est le Juge absolu, car Il est la source de toutes les causes, en général comme en particulier.

Ceci est à l’origine du décret divin et de la prédestination. Son jugement est d’orchestrer les causes secondes pour qu’ils produisent leurs effets avec précision. Son « décret » est l’établissement des causes universelles, fondamentales, et constantes — comme la terre, les sept cieux, les étoiles, les astres et leurs mouvements harmonieux et perpétuels qui ne changent pas et ne cessent d’exister jusqu’a leur terme fixé.60 Il dit : « Puis Il décréta qu’elles soient sept cieux en deux jours, et Il révéla à chaque ciel sa fonction »61

La « prédestination » est l’orientation de ces causes — c’est-à-dire leurs mouvements harmonieux, circonscrits, et minutieux — vers leurs effets, à chaque instant.

La part de l’homme dans cet attribut est la planification et la décision. Il devient ainsi intendant sur terre, œuvrant pour le bien religieux et mondain selon les moyens mis à sa disposition, et Dieu observe son comportement. Quant à la part : صلى الله عليه وسلم  religieuse de l’homme, elle se trouve dans cette parole du Prophète : « Œuvrez, car pour chacun sera facilité ce pour quoi il a été créé. » 62 Pour celui destiné au bonheur, agir conformément aux causes du bonheur lui sera facilité ; mais celui qui ignore ou refuse ces causes et choisit l’inaction s’exposera à la souffrance. La cause de cette inaction peut être sa croyance erronée selon laquelle : « Si je dois être heureux, il n’y a pas besoin d’agir ; et si je dois être malheureux, l’action ne m’apportera rien. » Mais cela n’est n’est que de l’ignorance, car il ne sait pas s’il doit être heureux ou non. Ce bonheur ne lui viendra que parce que ses causes lui seront facilitées. Si elles ne le sont pas, cela est le signe qu’il sera malheureux. 

Si un individu aspire à devenir juriste éminent, et qu’on lui dit : « Efforce toi ! Apprend ! Persévère ! » Et il répond : « Si Dieu m’a destiné à la réussite, alors l’effort n’est pas nécessaire ; et s’Il m’a destiné à l’ignorance, alors cela ne servira à rien. » On lui dira : « Le destin n’annule pas l’effort : celui qui est destiné à la réussite ne l’atteindra que si les causes nécessaires (apprentissage, discipline) lui sont effectivement données et qu’il les met en œuvre. À l’inverse, celui qui refuse l’effort, même si les causes lui sont facilitées, ne pourra atteindre ce rang. » 

De plus, le bonheur véritable ne se limite pas à l’acquisition d’un statut ou de connaissances : il exige un cœur sain. Cette « santé du cœur » exige un effort, tout comme la maîtrise des connaissances juridiques ou la connaissance de soi-même.

58. Coran, 53: 39-40. 59. Coran, 82: 13-14. 60. Coran, 35: 13 61. Coran, 41: 12. 62. Bukhârî, Ṣaḥîḥ, 1362; Muslim, Ṣaḥîḥ, 2647.